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2e partie : La reconquête de ma santé

La simplicité


Je ne me fais pas une fierté de dire que j’ai dû me rendre très près de mourir avant de comprendre à quel point le simple fait de vivre est une chance immense qu’on ne sait pas vraiment apprécier lorsque l’on a toujours été en santé. Pour que j’en vienne à admettre et à comprendre que courir vers la richesse ne m’avait conduit nulle part autre que vers une vie insatisfaisante et une santé détruite, il m’a fallu m’approcher du souffle glacé d’un dernier jour à plus d’une reprise. J’étais très têtu, certains comprennent moins rapidement que d’autres…  

 

Lorsque nous prenons conscience que notre temps sur Terre s’achève, c’est alors que les moindres petits gestes revêtent une signification particulière à nos yeux et peuvent nous procurer de grands bonheurs. Jamais auparavant je n’avais pu voir le moindre bonheur dans la simplicité de vivre en santé pour partager des moments agréables avec des êtres chers, cela m’avait toujours semblé ennuyant, c'était selon moi, acquis d’avance. Je n’y portais pas la moindre attention particulière.

Durant ces moments d’extrême faiblesse, éprouvant alors un malaise immense d’habiter mon corps, je pu apercevoir tout le bien-être qui réside dans le fait d’habiter un corps en santé. Je compris alors qu’il existait un paramètre négligé par le peuple qui se situe dans le confort d’habiter son propre corps et que ce simple bonheur valait amplement tous les autres. Nous sacrifions souvent la confort d'habiter notre corps pour nous permettre un confort extérieur et cela est une erreur. 

À l’affût du moindre élément nuisant à ma santé, je pu aussi constater à quel point l’amour, le calme et la quiétude procurent un bien être physique important. Dès que j’agissais de manière égoïste, colérique ou simplement contre mon « ressentis », j’avais un malaise généralisé qui s’emparait de moi. Cela m’obligeait à vider complètement mon esprit de ces tensions inutiles pour retourner me reposer dans une détente totale et ce, souvent de nombreuses heures. Les moindres querelles ou tensions me faisaient éprouver de si grands malaises que j’appris tranquillement à mettre de côté mon égo immense et à faire preuve d’une grande acceptation, chose que je n’aurais jamais envisagée auparavant.

Du temps où j’étudiais en science, je n’aurais pas accepté de croire que des éléments tels que l’amour ou l’état d’esprit puissent avoir un impact sur la santé, mais la maladie me rendit toutes ces choses si claires et effectua pour moi une grande transformation de mon être. Voilà donc que ma vie se transforma, mais puisque l’aspect fondamental de mon individu demeura le même, cela me permit de comprendre vraiment qui j’étais, hors de toutes les croyances que j’avais acquises durant ma jeunesse.

Ma fragilité a donc travaillé sans cesse à m’harmoniser avec mon ressentis de manière à ce que tout ce que je fasse ne me cause aucune tension intérieure. Ce retour à un état d’esprit minimaliste et fondamental qui est celui de la personne qui écoute la voix qui lui parle de l’intérieur, me fit voir toute la beauté de la vie dans sa plus simple expression et me fit du même coup effectuer une prise de conscience énorme sur les éléments de ma vie passée qui m’avait procuré le plus de satisfaction.

Au regard que nous portons sur notre vécu lors d’un départ anticipé, il semble que seules les réalisations personnelles bienfaisantes et vraies ainsi que les liens avec la nature soient les éléments réconfortants de notre existence passé sur Terre. Étrangement, il n’y avait absolument rien du monde matériel qui allait me manquer et je fus surpris de constater que tout le temps que j’avais investi dans les jeux vidéo ou l’acquisition de bien matériel me semblait désormais du temps précieux totalement perdu et gaspillé. Ce fut le choc total, l’éveil au dernier instant, juste avant de quitter ce monde.

La maladie est certainement le meilleur guide pour ramener l’esprit de l’homme à l’ordre naturel des choses, ou plutôt, à l’essentialité de la vie avant tous autres ajouts non nécessaires. Ce fut un très lent processus d’apprentissage qui commença quand je suis tombé malade en janvier 2003 et qui se poursuivis sans cesse. Chaque fois que j’ai ressenti la mort s'approcher de moi, j’ai appris à apprécier la vie dans une plus grande simplicité et pour ce qu'elle a de plus fondamental. Suivant une sorte de cheminement lent j'ai continuellement appronfondi l’épuration de mes activités et de mes ambitions face à la vie.

Au fil de mes prises de conscience, j’ai constaté que c’est dans une vie simple que la santé est la mieux préservée. Dès que l’on s’empresse de chercher à vivre en convoitant un standard de vie, on se laisse entraîner dans des activités qui ne sont pas particulièrement les nôtres, souvent pour suivre une pression sociale; et alors on s’éloigne de notre véritable essence. Du même coup, on gaspille beaucoup d’énergie sans être conscient que ces énergies ne sont pas infinies. La plupart des gens ont le luxe de prendre leur santé pour quelque chose d’acquis mais cela leur empêche de réaliser qu’un jour fini par arriver où nous ne disposons plus de suffisamment d’énergie pour accomplir ce quelque chose de plus important que nos routines monotones. Malheureusement, nous comprenons souvent cela trop tard, lorsque la mort nous approche de très près.

Mon cheminement de d'épuration de mes activités à réellement commencé lorsque j’ai choisi d’arrêter de jouer aux jeux vidéo vu des douleurs atroces qui se dévellopaient dans mon cou après seulement quelques minutes de jeu. Initialement, lorsque je suis tombé malade, j’ai été assez inconscient et naïf pour voir cela d’un bon côté en me disant que cela me donnerai du temps pour jouer aux jeux vidéo. Je croyais alors, comme bien des gens, que d’effectuer une activité assises, telles qu’écouter la télévision ou jouer à un jeu vidéo, était reposant pour le corps.

Je dirais que cette dépendance fut la première que j’ai dû régler afin de guérir mon corps et je n’ai que le mérite d’avoir dû souffrir pour la régler. Il me fallu plusieurs mois, même une fois déménager chez mes parents, pour en arriver à me dire que cette passion devait être mise de côté vu les douleurs atroces que j’avais dans le cou et ma fatigue immense. Une sorte de premier cheminement dans une direction santé s’était produit dans mon esprit : le fait de jouer me rendait très sédentaire et n’avait fait que nuire à mon rétablissement, alors j’ai choisis de délaisser cette activité pour entrer dans un rythme de vie plus actif. C’est au début de l’été 2003 que j’ai pris cette décision et que j’ai choisis de m’intéresser à la mécanique automobile, ce qui me conduisit à m’inscrire dans un DEP de mécanique automobile et entraîna des conséquences dont nous avons déjà discuté.

Mais le vrai problème qui m’a fait retarder durant longtemps le moment de me consacrer pleinement à ma guérison était celui de croire que le temps doit être utilisé à quelque chose d’autre qu’à vivre le moment présent. Cette mentalité fut source de mes maladies en ce sens que même une fois malade, elle hantait ma conscience et me poussait à vouloir poursuivre le cours de mon existence vu le fait que je ne voulais « prendre du retard sur la vie ». Comme si dans ma tête il existait un cheminement normal de vie et que tout ce qui était hors de ce chemin était anormal. C’est cette pression à performer dans le cadre de la société qui m’a conduit à mes plus grandes erreurs, comme celle de m’inscrire dans un DEP de mécanique automobile malgré mes troubles de santé.

Il y avait en moi une rage de vivre typique de notre époque. Je n’arrivais pas à passer du temps pour moi seul, le temps devait être investi pour une fonction future : études, travail, loisirs avec amis, etc. mais rien pour Alain Paquette et sa véritable nature unique, car je ne savais pas encore qui était vraiment cet homme que j’étais, je me contentais d’être celui qui devait être pour les attentes des autres et de la société à mon égard.

Le second dénudement de mes activités qui s’est effectué dans ma vie fut celui de ma vie sociale, pourtant déjà relativement dénudé. La maladie m’envoyait un signe clair: repose-toi. Mais je n’arrivais pas à écouter ce message car je ne désirais pas offrir tout mon temps à mon corps, je voulais que mon temps m’appartienne et en faire ce que je voulais. J’avais l’impression que passer une journée à se reposer était en fait une journée perdue. Tant que j’ai conservé en moi une vision capitaliste de ce qui constitue une vie réussie, aussi longtemps que j’ai refusé de vivre ce qui m’arrivait et que j’ai cherché à poursuivre une existence normale aux yeux des autres, j’ai agis au plus grand détriment de ma santé. Ceci est la raison principale pourquoi j’ai dû souffrir durant dix-huit mois avant même d’entamer la compréhension la plus fondamentale des sources de mes maladies.

Je dirais que mon intoxication au monoxyde de carbone m’avait déjà ébranlé et fait effectuer une première remise en question de l’utilité de sortir de chez soi pour trouver des activités plus satisfaisantes que celle que je pouvais vivre seul et malade chez moi. Je dois dire qu’à ce moment j’ai compris quelque chose de fondamental  il faut vivre pour nous avant toute autre chose et apprendre à se respecter malgré que cela puisse décevoir les autres autours. J’ai longtemps cru que je vivais pour moi alors qu’en fait j’étais en train de suivre des pulsions programmées en moi par les attentes d’autres personnes ou de la société en général. Le jour où j’ai commencé à vivre pour moi, j’ai commencé à écouter mon corps et j’ai accepté ce que j’avais à vivre: la maladie.

Je crois qu’il y a une différence considérable entre le fait d’être égoïste et le fait de savoir respecter sa personne. Être égoïste semble pour moi faire référence à ce qui est extérieur à l’être, en ce qui attrait aux superfluités de la vie. Au contraire, savoir se respecter est de savoir être à l’écoute des besoins de notre corps dans une juste mesure, donc honnête envers ceux-ci, et savoir leur attribuer le respect nécessaire sans exagérer. En fait, je crois que l’être qui sait se respecter est un être souvent bien plus heureux et généreux que celui qui n’a pas encore appris à s’aimer et qui octroie une trop grande valeur aux opinions et aux attentes des autres à son égard.

Une telle prise de conscience se produisant dans mon esprit, cela m’insuffla un désir de vivre plus fort que jamais auparavant. Je voulais pouvoir bénéficier de cette prise de conscience et avec une seconde chance de vivre pour entamer une nouvelle vie mais cela semblait pour le moins impossible vu l’état dans lequel je me retrouvais alors… Par contre, j'étais encore vivant et plus motivé que jamais à vivre pour redécouvrir le sens de la vie, dans sa plus grande simplicité.

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