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2e partie : La reconquête de ma santé
La première phase de maladie
Je suis tombé sérieusement malade pour la première fois de ma vie au mois de février 2003, peu de temps après être emménagé dans un nouvel appartement en ville. J'étais alors depuis peu aux études à l'université McGill, située en plein centre ville de Montréal, la métropole de la province de Québec.
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| Le beau campus de l'université McGill durant l'hiver. |
L'objectif de ce déménagement en plein hiver était de me rapprocher de mon lieu d'études. Il faut dire que j'avais effectué auparavant la session d'automne durant laquelle j'avais affronté le trafic quotidiennement pour me rendre à mes cours au centre-ville de Montréal. J'avais constaté que cela m'épuisait : des heures à attendre dans des conditions pitoyables entouré de camions et d'autres automobiles dont je pouvais sentir l'échappement ; des dizaines de fois à chercher un stationnement près de mon lieu de cours, à courir pour arriver à l'heure, à me stresser pour autant de raisons qu'il y a de minutes dans une heure, à manger des repas trop volumineux et peu nutritifs par manque de temps, etc.
Je croyais que tout cela était un peu inévitable du fait de devoir combiner études et vie en banlieue. Voyant que je devenais de plus en plus épuisé par cette routine de vie, j'avais décidé de me trouver un appartement plus près de mon lieu d'étude ! Avant d'emménager en ville, mon appartement était situé à St-Jérôme, à presque 45 km de la ville, sans compter les embouteillages. Je perdais régulièrement trois heures par jour dans le trafic ou dans le transport en commun...
Je dois dire qu'au moment d'emménager en ville, à l'hiver 2003, j'étais déjà très épuisé et j'étais prédisposé à développer de graves troubles de santé si rien ne changeait dans la manière de traiter mon corps. On ne peut vivre éternellement en éliminant à la selle une fois au dix à quinze jours... surtout avec les habitudes de vie que j'adoptais ! Je souffrais d'ailleurs d'un important rhume qui me faisait moucher des quantités abondantes de mucus. Mais cela ne m'arrêtait pas, j'en avais vu d'autres ! J'avais attrapé de nombreux rhumes cette année-là et lors du déménagement à Montréal, je me souviens m'être éveillé en plein milieu de la nuit en ayant très froid. J'avais constaté alors que ma couverture avait glissée jusqu'au bas de mon ventre et que le système de chauffage de l'appartement n'avait pas été bien enclenché avant que je me mette au lit. Puisque je commençais une nouvelle session, je n'ai pas vraiment porté attention à ce rhume.
Environ trente jours plus tard, mes sinus étaient tellement plein de mucus que j'avais l'impression que mon visage allait s'arracher lorsque je me penchais vers l'avant. C'était lourd ! J'ai constaté alors que j'avais peut-être un peu trop attendu avant de m'occuper de ce rhume et que maintenant c'était rendu plus grave. Malheureusement, au cours de cet hiver, les salles des Urgences étaient tellement congestionnées que cela faisait la Une des nouvelles partout. Une raison qui m'a poussé à reporter sans cesse à plus tard le moment d'aller consulter un médecin si bien que cela faisait environ six semaines que je traînais mon rhume lorsque j'ai enfin décidé de me présenter à une urgence...
J'avais de plus en plus de difficultés à me lever pour aller à mes cours. Parfois, je n'arrivais pas à me lever avant deux heures l'après-midi, malgré tout mes efforts et le fait de ne pas m'être couché tard la veille. Il fallu que je me rende à ce point pour que j'en vienne à prendre le temps nécessaire pour aller consulter un médecin. De toute façon, à ce stade, ma session était foutu, j'avais manqué trop de cours dû à la fatigue grandissante qui s'accaparait de moi.
Cela me prit deux visites à une clinique d'urgences pour voir un médecin et je dois dire que j'ai été soulagé lorsque cela fut fait. J'ai depuis lors été fasciné par l'incroyable effet placebo que procure une simple visite chez le médecin. Rien n'avait changé durant les cinq minutes où j'avais rencontré ce pur étranger qui n'avait même pas pris le temps de m'osculter le moindrement, pourtant, à ma sortie de la salle je me suis senti en voie de régler mon problème. J,ai donc repris mon rythme de vie normal ! J'étais déjà guéri dans ma tête, j'avais tellement confiance en la médication. Et après tout, mon état n'était pas si grave : une infection rien de plus !
J'étais bien loin de me douter que j'allais entreprendre à ce moment, une des pires étapes de mon cheminement de vie m'ayant mené vers le développement de graves maladies chroniques...
***
À la suite des premiers dix jours de médication, je mouchais toujours jaune épais. Je ne me sentais pas guéri, j’étais apparamment aussi malade, si ce n'est pas plus qu’avant de recevoir la prescription du médecin. Je suis donc retourné immédiatement voir un autre médecin. Je n’allais plus à mes cours depuis deux ou trois jours déjà. Je me sentais incapable de me lever du lit. Un différent médecin m’a examiné et m'a prescrit une dose plus forte de médicament pour 14 jours cette fois-ci. En plus, dans le but d'aider à me décongestionner, il me fit "cadeau" d'un vaporisateur nasal que je devais utiliser 2 ou 3 fois par jour. Assez désagréable et plutôt inefficace mais je l’ai utilisé quand même puisque le médecin m’avait dit que cela me ferait du bien. J’imaginais qu’il avait raison... Je suis retourné chez moi avec mes médicaments et la ferme intention de me reposer pour guérir.
J’ai limité mes activités au minimum : faire à manger et regarder la télévision. En plus, puisque j'étais obligé de me reposer, j’en ai profité pour jouer un peu aux jeux vidéo. Il y avait longtemps que je désirais m’améliorer à certains jeux. Je n’avais pas vraiment jouer depuis mon entrer à l'université car je manquais de temps, mais soudainement, j’avais plein de temps disponible ! Ainsi, mes journées paraissaient beaucoup moins ennuyantes. Par contre, au bout d'une autre semaine, ma situation ne s’était guère améliorée. Le traitement antiobiotique approchait sa fin et je réalisais qu’il ne me guérissait pas. Ma toux était de plus en plus inquiétante et mon nez était toujours bouché. Je n’y comprenais rien. Pourquoi les médicaments ne fonctionnaient-ils pas ? N'étaient-ils pas supposés être infaillibles ?
J’avais terminé une seconde prescription et j’étais encore loin d’être guéri. En fait, mon état empirait ! L’inquiétude grandissait en moi, je devais guérir au plus vite si je voulais pouvoir rattraper mon retard dans mes études. Cela faisait deux semaines que je n’étais pas allé à mes cours. Tout de même, je ne perdais pas espoir.
Je suis alors retourné une troisième fois consulter un médecin. Cette fois-ci, j'ai vu une femme. Je lui ai parlé en détails de mes antécédents de médicaments, j'avais apporté les prescriptions précédentes, et de ma toux qui semblait de plus en plus importante ainsi que de la sinusite qui ne me lâchait pas. Elle me prescrit un médicament supposément très puissant portant le nom de Biaxin © en m’affirmant qu’avec ce médicament, je guérirais sous peu et que cela protégerait mes poumons en plus de mes sinus. Le traitement était de dix jours à deux grammes par jour, une sacrée dose !
Après les deux premiers jours du traitement j’avais l’impression que les symptômes avaient diminués. J’étais par contre de plus en plus fatigué, je dormais un minimum de 14 heures par jour. Au fur et à mesure que les jours passaient j’avais l’impression que le virus s’attaquait à mon cerveau. J’étais tout étourdi et je me sentais très mal. Je me reposais de plus en plus et j’étais de plus en plus faible. De 14 heures de sommeil, je suis passé à 16 puis 18 pour finalement en arriver à dormir tout le temps. Je voulais absolument donner toute l’aide possible à mon corps pour combattre l'infection pendant que j’étais encore sous médication. Le médecin me l’avait bien dit : ce médicament contrôlerait l'infection.
Les choses empiraient. Un soir, j’étais chez mes parents et mon cœur c’est emballé, je faisais soudainement de l’arythmie et je cherchais mon souffle, comme si mes poumons n’absorbaient plus l’air. J’ai donc été contraint de parler de mes malaises à mes parents qui ne savaient évidemment pas quoi faire. Affolé, je voulais appeler une ambulance mais je ne savais pas si mon état était vraiment grave ou non ?
Ce genre de sentiments de malaises, incluant difficultés respiratoires et arythmie cardiaque n’était pas nouveau et s'est produit à au moins trois ou quatre reprises lors de mes dix jours de médications au Biaxin (c). J’avais remarqué qu’un manque de repos semblait provoquer cela. J’avais l'impression de pouvoir mourir subitement tellement ces symptômes étaient désagréables. Il m'apparaissait inutile d’aller à l’hôpital car je ne voulais pas attendre des heures pour me faire dire que je n’avais rien et que ça passerait. J’aimais mieux que les gens appelent l’ambulance après que je sois tombé par terre.
Quand je m’assoyais, mon cœur arrêtait et repartait comme un moteur de Harley Davidson à faible régime. J’avais l’impression à certains moments d’être sur le point de perdre connaissance. Je vous assure que ne plus être capable de respirer est une des pires choses que l'on puisse ressentir sur cette Terre. C’est étrange comment les gens autour de nous réagissent dans ces cas là. : ils te disent de te détendre et croient que si tu te dis que tout va bien, tu te sentiras mieux. Pourtant, cela ne fonctionne que pour les crises de paniques, mais dans mon cas, ça n'avait que très peu d'effets et mon arythmie se poursuivait de toute façon, que je sois calme ou non. Je sentais que mes parents étaient un peu septiques à mon égard comme si j’étais paranoïaque. Cela me décevait qu'ils aient du mal à me faire confiance en ce qui concerne la manière dont je me sentais.
Après les dix jours de médications au Biaxin (c), j’avais survécu mais non sans séquelles. Les choses allaient un peu mieux mais je dormais encore environ 18 heures par jour. Les épisodes d’arythmie et de difficultés respiratoire avait cessé et je redevenais tranquillement moi-même, mais avec plusieurs milliards de neurones en moins. Je ne me sentais pas guéri mais au moins ma toux était partie et mon visage ne pesait plus une tonne. Par contre, j’avais toujours le nez bouché et j’étais incapable de faire sortir quoi que se soit en me mouchant. Le mucus semblait couler directement dans ma gorge et le médecin m’affirmait que c’était normal dans les cas où les sinusites durent longtemps.
Peu de temps après avoir terminé ma dernière médication, mon jeune cousin vint me rendre visite à mon appartement. Puisqu’il avait toujours eu une grande confiance en moi, je pris le temps de lui expliquer en détails à quel point je m’étais senti mal dernièrement. Il me demanda si j’étais allergique à certains médicaments puisque j’en avais pris trois différents pour un total de trente-quatre jours de médications. "Je ne suis allergique à rien…", lui ai-je répondu. Tout de même, dans mon esprit une lumière s’alluma : Quels sont les effets secondaire du Biaxin (c) ? Je me suis donc précipité sur Internet !
Jamais je ne m’aurais cru aussi stupide ! Selon les ressources pharmaceutiques concernant les effets secondaires du Biaxin©, voici une liste de quelques uns des graves effets secondaires répertoriés pour ce médicament :
Appelez votre médecin immédiatement dès que vous éprouvez un de ces effets secondaires :
Battements de coeur irréguliers, douleur à la poitrine, difficulté respiratoire;
Nausée, douleur à l’estomac, fièvre, perte d’appétit, urine foncé, selles couleur d’argile, jaunisse;
Douleur à la gorge, maux de tête avec apparition d’ampoules, perte de peau et éruption;
Tout devenait plus clair. C’était le médicament supposé m’aider qui m’avait causé tous ces symptômes atroces ! Pourquoi les médecins ne m’avaient-ils pas simplement donné une dose massive de pennycilin, un médicament bien plus naturel ? De toutes façons, il était trop tard le mal était fait, je le sentais.
J’étais rendu inopérationnel. Je ne pouvais plus rattraper mon retard dans mes cours et je n’avais d’autres choix que d’abandonner l'université pour un certains temps. Cela m’a pris beaucoup de temps de réflexion et d’hésitation avant d’arriver à cette solution mais j’ai dû me résigner à interrompre le cours "normal" de ma vie jusqu’à ce que je prenne du mieux. Je savais que ma famille allait être très déçue car jamais auparavant je n’avais abandonné quoi que ce soit. C’était la fierté de ma mère que nous soyons des universitaires, moi et mon frère. Le jour où j’ai su que je ne retournerais pas finir ma session, j’ai compris toute la pression qui pesait sur mes épaules de par les simples attentes des autres à mon égard. En vérité, j’étudiais plus pour l’image que les gens avaient de moi que pour travailler dans le domaine scientifique. Je ne m’investissais pas vraiment dans ce que je faisais, je le faisais avec succès et cela semblait la voix de la réussite dans la vie ; c’est pour ces raisons que je continuais.
Je me souviens très bien le sentiment que j’ai eu le jour où dans mon lit incapable de bouger, mais toujours à réfléchir, j’ai su que je devrais appeler ma mère et lui demander de revenir vivre à la maison. J’avais toujours eu hâte de partir et j’allais être de retour moins d’un an après avoir quitté. Ce fut un dur coup sur mon orgueil de jeune garçon. Au moins, ma mère m’accueillis les bras grands ouverts.
J’ai donc laissé ma copine, pris mes quelques affaires et je suis retourné dans mon ancienne chambre chez mes parents, loin de la ville. J’étais si fatigué que je n’ai rien déballé de mes choses en arrivant chez ma mère, je me suis simplement couché. Je me souviens avoir dormi durant quelques mois avant de commencer à me lever un peu durant le jour.
J’avais toujours les sinus bloqués et j’étais convaincu de toujours avoir une sinusite mais les radiographies n’affichaient rien d’inquiétant aux yeux des médecins. Régulièrement, je tentais ma chance d’aller consulter un médecin dans l’espoir qu’il me prescrive de la pennycilin. J’étais convaincu qu’avec ce médicament je pourrais enfin guérir une fois pour toute… ma croyance en la médication miracle en devenait ridicule mais je ne connaissais aucun autre moyen pour m'aider à prendre du mieux.
Parfois, je parlais de ce qui m’était arrivé au médecins que je consultais et ceux-ci me disaient tous qu’une fois qu’on s’est mis à terre on ne revient jamais exactement comme avant. Non seulement je n’acceptais pas d’être hypothéqué le reste de mes jours, mais en plus, je ne voulais pas attendre avant de retrouver la forme. J'étais prêt à n'importe quoi pour retrouver une vie que je considérais normale. J’étais persuadé que ce n’était qu’un virus qui me ralentissait et qu’une fois qu’il serait mort je redeviendrais aussi énergique qu'autrefois.
Je cherchais constamment des façons de guérir et c’est ainsi que je me suis souvenue d’une recommandation que m'avait faîte une de mes tantes quelques mois auparavant. Selon un livre qu’elle possédait chaque problème de santé pouvait être combattu par un jus de légume ou de fruit frais. Le remède anti-sinusite était le merveilleux mélange carotte-concombre-betterave. Dans mon appartement, je ne disposais d’aucun extracteur à jus mais chez ma mère c’était différent. Nous avions un extracteur à jus que ma grand-mère paternelle, nous avait légué. Je pris donc la chance d’essayer l'idée d'un remède naturel, après tout, je n’avais rien à perdre.
Étonnamment, je senti une chaleur au niveau de ma poitrine après mon premier verre. Cela semblait positif. En plus, le goût n’était pas si mal donc je pris pour habitude de me faire ce type de jus régulièrement. Bien vite, j’en buvais jusqu’à un litre par jour. Suite à la prise de jus, j’allais me reposer et je sentais une légère amélioration de mon état à chaque fois. Ce jus semblait m’aider à éliminer à la selle, donc moi qui d’ordinaire n’allait que très rarement aux toilettes fut surpris de m’y retrouver plus souvent. C’était presque douloureux tellement il semblait y avoir des déchets désirant sortir. Plus j’éliminais, plus je me sentais bien.
C’est à ce moment que j’ai compris le lien étroit entre mes problèmes de santé et mes troubles de constipation qui perdurait depuis plusieurs années déjà. J’étais tellement congestionné à l’intérieur qu'il était normal que les virus s’en soient pris à moi.
Nous étions en Avril 2003 et l’été approchait. Je me fis la promesse d’être plus actif et de redevenir régulier à la selle. Je voulais me concentrer sur ma guérison pour en finir une fois pour toute. À ce stade, je n'allais même plus voir mes amis, je restais couché à me reposer et lorsque je me levais c’était pour faire un peu d'exercice. J’avais même mis les jeux vidéo de côté pour la première fois de ma vie, car de toutes façons j’avais des douleurs atroces au cou quand je restais assis devant l’écran plus de cinq minutes.
Vous savez ce qui est ironique dans toute cette histoire, c'est que je me rappelle avoir souhaité que mon rythme de vie infernal prenne fin. Par rythme de vie infernal, j'entends les mois que j'ai passés à étudier en ville, à me taper le traffic quotidiennement et à courir partout pour tenter de joindre les deux bouts : études et travail. Je me sentais pris dans un engrenage dont il m’était impossible de sortir et j’attendais en quelque sorte le miracle qui m’en sortirait. Ainsi, quand je suis devenu vraiment malade je me suis demandé si ce n’était pas la réponse à cette demande que je recevais. Grâce à la maladie, j’étais obligé d’arrêter d’étudier et de me reposer car je n’avais plus aucune énergie.
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