Alain Paquette, conférencier, coach en alimentation saine.

Auteur du Guide alimentaire rajeunissant

Le faux départ

J’avais passé l'essentiel de mon temps à dormir entre le mois de Février et de Mai 2003 mais dès qu'il fit plus chaud, le risque de réactiver ma sinusite était moins présent et j’ai donc recommencé à sortir un peu. J’étais par contre très prudent. Je portais ma tuque et des gangs pour me tenir au chaud à des températures atteignant les +20 degrés Celsius. Même si j’avais l’air fou, c’était le dernier de mes soucis, je commençais vraiment à ne plus me soucier de l'opinion des autres à mon égard. Après tout, l'important c'était que j'aille mieux, et non que je paraisse aller mieux aux yeux des autres !

 

Pour me tenir actif et pour avoir une raison de sortir de la maison respirer l'air frais, j’avais décidé de m’intéresser à la mécanique automobile. Cet intérêt provenait du fait que j’avais acheté une petite voiture sport. Je me disais que je sauverais de l’argent en apprenant la mécanique et qu’en même temps je ferais une activité physique pouvant m’aider à retrouver la santé. Je voulais vraiment repartir à neuf avec ma santé en instaurant de meilleures habitudes de vie dont l'exercice physique, alors pourquoi ne pas en profiter pour transformer mes passions quelque peu ? Je devais me tenir occuper pour ne pas vouloir jouer aux jeux vidéo, je voulais bouger et prendre l’air, cela m’apparaissait donc un moyen idéal.

 

Au fur et à mesure qu’avançait l’été, je reprenais de la force. Rien d’extraordinaire mais je pouvais au moins rester debout six à dix heures par jour. À part le matin, mes sinus semblaient moins encombrés et ma digestion s'améliorait tout comme mon cycle d'élimination qui était plus régulier.

 

J’effectuais toute sorte de travaux pour me tenir actif : j'installais des haut-parleurs dans ma voiture en faisant un peu de soudure et en limant quelques pièces. Je me salissais les mains de graisse et d’huile pour la première fois de ma vie. J'étais dans un trip de voiture...

  

Je recommençais à voir mes amis et à pratiquer avec mon groupe de musique. Ma vie semblait reprendre quelque peu son rythme mais je demeurais très prudent. Je sentais le monstre assoupi à l’intérieur de moi qui n’attendait qu’un faux pas de ma part pour reprendre le dussus sur mon système immunitaire. Ainsi, jamais je ne me couchais tard. Mon horloge de sommeil était replacée quelque peu alors pas question de la dérégler à nouveau. Je m’endormais vers vingt et une heures et me levais vers la même heure le lendemain. Je faisais souvent un petit dodo durant le jour car il m’était encore impossible de rester debout toute une journée. J’apprenais à vivre avec ma nouvelle condition physique, je dépensais mon énergie avec modération et je limitais mes sorties. Je voyais bien que mes amis et ma famille me trouvait changé et ne semblaient pas comprendre pourquoi j’étais si fragile. Je ne le savais pas non plus, pour moi c’était la sinusite qui ne m’avait jamais quitté.

 

À la fin de l’été, j’étais devenu plus confiant envers mon état de santé. Le soleil m’ayant réchauffé quelques mois, je me sentais moins fragile. J’avais d’ailleurs fait des push-ups et des redressements assis pour retrouver la forme. Au début, je n’en faisais qu’une dizaine et mon cœur voulait sortir de ma poitrine mais avec le temps j’avais augmenté à environ trois séries de vingt à chaque jour. Même chose pour les redressements assis.

 

Voyant que mon état n’était pas si mal et toujours dans le but de ne pas rester à rien faire durant l’hiver, je me suis inscrit dans un cours de mécanique automobile. Je me disais que ça ne serait pas très demandant comparativement à l’université et que ça me ferait faire quelque chose à faire en attendant d’y retourner. J'avais cette manie de vouloir absoluement faire quelque chose pour ne pas avoir l'impression de perdre mon temps. J'aurais pu prendre encore du temps pour ma santé mais à la place, je me suis inscrit à ce cours de mécanique.

 

L’hiver approchait à grand pas et ma petite voiture sport allait être remisée. Je devais donc me trouver une minoune pour passer l'hiver et aller à mes cours. Je surveillais sur Internet les meilleurs achats. Puisque j’allais étudier la mécanique, j’étais prêt à payer moins cher pour une voiture nécessitant quelques réparations. J’ai donc trouvé une ancienne voiture de course qui appartenait à des jeunes qui l’avaient évidemment mal entretenue et abusée au maximum. Ils demandaient 1500$ et finalement je l’ai négociée à 300$. Les freins ne fonctionnaient même plus et le moteur faisait un son anormal. Peu importe, à ce prix là je n’avais rien à perdre.

 

***

 

Dès les premiers cours de mécanique, je m’étais fait un bon ami. C’était un gars très différent de moi et je n’avais jamais eu un tel ami auparavant. Il était très bon dans les travaux manuels alors je lui aie demandé de venir m’aider à réparer la voiture d'hiver que je m'étais achetée. Il accepta sans hésiter. Ainsi, un soir après le cours de mécanique nous avons cette petite voiture en état de marche. C’était une 323 gt turbo 1989 quatre portes. La voiture était très rapide, elle arrachait l’asphalte comme on dit. Les freins fonctionnaient plus ou moins bien et le frein à main était brisé mais rien de tout ça ne me faisait peur. J’aimais mieux penser à l’accélération qu’au freinage. Je vous parle de cette voiture car elle eut une incidence très importante sur ma santé durant les mois qui suivirent.

 

Plusieurs travaux restaient à faire sur la voiture : suspension, système d’échappement et freins arrière sans compter la carrosserie qui ressemblait à un fromage suisse. L’échappement était en très mauvais état mais semblait procurer une excellente performance de par ses nombreuses perforations. La voiture sentait un peu mais une fois en mouvements c’était moins pire. Sauf, quand je pesais l’accélérateur à fond, ce que je faisais assez souvent, là ça puait pas mal. À trois cent dollars, je trouvais que ces problèmes n’étaient pas si graves.

 

J’ai donc remisé mon Toyota mr-2 et je me suis mis à rouler seulement avec le Mazda 323. Je roulais beaucoup car j’aimais accélérer avec cette voiture. Dès qu’il y avait une commission à faire je me portais volontaire.

 

Puisque mon cours de mécanique avait lieu le soir, j’avais aussi recommencé à manger en surveillant moins mes habitudes. J’allais au fast food le plus proche lors du souper. Parfois, moi et mon ami du cours de mécanique allions à un petit bar où je prenais un rum and coke avec une petite pizza à 2.50$. L’endroit était très mal ventilé et les lois antitabac n’existaient pas encore. Je sortais de là avec les yeux qui piquaient tellement il y avait de la fumée.

 

Puis, vint le fameux module de soudure. Nous faisions de la soudure au gaz avec de l’acétylène sur des métaux de différentes sortes. Après une journée complète de soudure je mouchais noir et j’avais le visage plein de noir aussi. Les vapeurs de soudures étaient mal aspirées par la ventilation je trouvais. Confinés dans une salle, nous étions une quinzaine d’élèves à souder pendant six heures tous les soirs.

 

Avec ces changements dans mon mode de vie, j’éprouvais de nouveau des problèmes à aller à la selle. Trop de fast food et de temps assis à écouter un professeur était une mauvaise combinaison je le savais bien. Je me sentais redevenir de plus en plus fatigué alors sans hésiter, j’ai décidé de lâcher le cours de mécanique. J’en avais vu assez pour savoir que je ne voulais pas faire ça de ma vie et je ne voulais pas mettre ma santé en péril encore une fois.

 

Nous étions juste avant Noël et c’était les dernières semaines de l’année 2003. Je survivais tant bien que mal sans trop me plaindre. J’avais encore plein de projets mais très peu d’énergie. Bien avant d’abandonner le cours de mécanique j’avais prévu un plan B : faire une demande d’admission en musique au Cegep Lionel-Groulx près de chez moi. Jamais je n’avais réellement pris au sérieux ma passion pour la musique. Ce n’était pour moi qu’une façon de m’exprimer. Ma famille m’avait tellement bourré d’histoires sur les musiciens qui crèvent de faim que je n’avais jamais pensé en faire une carrière viable. Mais à ce moment, les choses étaient différentes. Dans l'état où j'étais, la musique semblait la seule chose qui ne demanderait pas trop d’énergie et qui pourrait peut-être me faire gagner ma vie. En plus, il m'était possible de l’étudier à deux pas de chez moi, au même Cégep où j'avais fait mes études en sciences. Pourquoi ne pas tenter ma chance (toujours cette même manie de vouloir absolument faire quelque chose pour ne pas me consacrer pleinement à ma guérison...).

 

J’ai donc commencé à étudier la théorie musicale que je devais connaître pour mon admission. J’avais une audition à l’instrument durant laquelle je devais jouer trois pièces de type Jazz alors j’avais beaucoup de travail. Moi qui avait toujours été un joueur à l’oreille et qui ne jouait que de la musique pop, je devait devenir un musicien sérieux et conscient de ce qu'il faisait.

 

J’avais repris les pratiques avec mes musiciens depuis le retour de l’automne et les choses avançaient bien. Mon guitariste ‘lead’ avait déjà étudié la musique alors il m’aidait à mieux comprendre les notions de base. Je dois d’ailleurs l’en remercier.

 

Dans le temps des fêtes, je pris bien soin de moi. Je me restreignais dans les chocolats et les sucreries. Malgré tous mes efforts, je me sentais mal. Le soir mon cœur voulait arrêter de battre et je ne savais pas pourquoi. Je sentais un sentiment de mort imminente quand j’allais me coucher dans mon lit et je devais faire une petite marche à l’air frais afin que cela passe. J’en parlais à mes parents qui encore une fois me trouvait hypochondriaque et ne faisaient rien pour m’aider sauf me dire de ne pas m’énerver.

 

Ces séances étaient assez fréquentes et à chaque fois elles se produisaient le soir avant de me coucher. Je ne savais pas ce que c’était et pourtant je passais de nombreuses heures à tenter de comprendre ce qui m’arrivait. Est-ce que tout ça avait un lien avec l’intoxication au Biaxin (c) ? Peut-être que c’était lié à mes problèmes de constipation ou bien au virus dormant encore à l’intérieur de moi ? Aucune de ces explications ne me semblait valable alors j’attendais impuissant que la lumière ce fasse sur cette affaire. Il n’y avait que deux possibilités de toutes façon : soit je mourrais, soit je vivais. J’avais failli mourir l’année d’avant alors je commençais à accepter mon sort.

 

Malgré tout, je faisais tout pour garder la forme. J’essayais de faire attention à mon alimentation. Finie les pizzas et les poutines tous les soirs. Je prenais encore du café et quelques sucreries mais ce n’était rien comparativement à ce que je consommais dans le passé. Je passais encore beaucoup de temps à faire de la mécanique et mes mains étaient régulièrement salis par les huiles et graisses de toutes sortes.

 

Après Noël, j’ai eu quelques selles dans lesquelles il semblait y avoir du sang. Tout de suite j’ai eu peur d’avoir un cancer du colon. Même si j’étais très jeune cela m'inquiétais vu mon piètre état de santé qui demeurait encore inexpliqué aux yeux des médecins. Dans ma famille plusieurs personnes étaient décédées d’un tel cancer. Constipé comme je l’étais mon colon ne devait pas être en bonne santé et ça je m’en doutais.

 

J’ai donc été à l’hôpital où l’on m’a passé une série de tests très désagréable qui n’ont rien décelé d’anormal. J’ai parlé au médecin de mes problèmes actuels de santé qui me faisaient croire que j’avais une maladie quelconque mais il semblait ne pas me prendre au sérieux. Quand je lui mentionnais que je ne ressentais plus la faim il me répondait que plusieurs personne ne ressentent plus leur faim. Quand je lui faisais part de mes selles argileuses d’une couleur anormale et de mes faiblesses extrêmes après avoir consommé un repas, il me disait que c’était rien qui indique une maladie. C’est quoi être malade finalement ? Expliquez moi je ne comprends plus. Dans ma mémoire la faim se manifeste par une espèce de brûlement dans l’estomac et quand on mange ce brûlement disparaît. Moi, je ne ressentais plus rien. Je mangeais donc quand je devenais faible. Parfois, je voulais manger mais ça ne rentrait même pas alors je me sentais très mal. On aurait dit que la nourriture restait coincé dans mon œsophage et ne descendait pas. Cela se produisait même quand je n’avais pas mangé depuis des heures. Mon corps était de plus en plus débalancé et personne ne me croyait. Je sentais une masse sous mon poumon gauche, comme un ballon gonflé à l’intérieur de mon corps. C’était normal ça aussi !!!!

 

Un peu d’attention tout le monde, le gastroentérologue va émettre sont verdict : je suis probablement en dépression. QUOI?!?! Ils commençaient à m’exaspérer avec leur dépression et leurs insinuations comme quoi tout était dans ma tête.

                       

Il faut dire que j’enlignait les verdicts douteux sur la source de mes problèmes. Au début, c’était la faute du Biaxin (c), ensuite d’un virus, puis ce fut le cancer et maintenant c’était quoi déjà ? Je n’en étais pas encore certain mais peu de temps s’écoula avant que j’eue ma réponse.

 

Vers la fin de l’hiver, mon père, que j’avais mis au courant de mes épisodes fréquents de palpitations cardiaques, me fit remarquer que mon gaz d’échappement entrait dans ma voiture d'hiver turbo. Il faisait très froid ce jour là et on voyait clairement la fumée sortir sous le véhicule. Il était facile de comprendre qu’elle pouvait s’y insérer par les nombreux trous dans la carrosserie. Enfin, une explication qui faisait du sens. Une enquête plus approfondie du problème nous fit remarquer une fuite sous le capot qui était visible à l’œil nue tellement il y avait de fumée qui s’en dégageait. C’était logique, le gaz d’échappement, le monoxyde de carbone, les problèmes cardiaque et le sentiment de mort imminente. Tout était clair maintenant : ma voiture m’avait empoisonné tout ce temps.

 

Je me mis à réfléchir aux dernières fois où j’avais eu des problèmes de quasi perte de conscience. Tous les jours ou ça c’était produit, j’avais utilisé mon véhicule durant plusieurs heures. Dommage que dans la vie on ne puisse pas sauvegarder pour revenir en arrière…

 

Bien que nous avions trouvé que ma voiture m’empoisonnait, je ne pouvais pas arrêter de l’utiliser comme ça du jour au lendemain, j’avais quand même quelques obligations. Je l’utilisais beaucoup moins par contre. Plusieurs jours de la semaine je demeurais à la maison car je le sentais ça me faisait du bien. Puisque mes parents, surtout mon père, n’était pas du genre à me prêter leur voiture, je devais quand même prendre ma voiture régulièrement. J’ai tenté de faire réparer l’échappement, mais la réparation n’a même pas tenue deux semaines. Le mécanicien m’avait soudé un tuyau de 1 pouce et demi sur une ligne de deux pouces. La restriction était trop grande pour une voiture alors après peu de temps il y avait des fuites. En plus, réparer l’échappement ça ne règlait pas le problème de fuite sous le capot !

 

J’étais de moins en moins tolérant face au monoxyde de carbone. Je roulais les fenêtres ouvertes, même à -30 degrés Celcius et je prenais de grand respire en sortant ma tête de la voiture par ma fenêtre. La fuite qui apportait le plus de monoxyde de carbone dans l’habitacle était certainement celle sous le capot directement sur le "manifold". Je ne voulais pas investir l’argent nécessaire à cette réparation, je préférais vendre la voiture. On ne met pas 1500$ sur une voiture qui en vaut 500$. Parfois, je devais m’arrêter sur le côté de la route et sortir du véhicule pour respirer tellement j’étais sur le point de m’évanouir. Cette situation ne pouvait plus continuer. J’ai suspendue mes activités avec mon groupe de musique et toutes mes sorties et je suis resté chez moi.

 

Je me sentais dépérir. Mes facultés mentales étaient de moins en moins efficaces. Même plus capable d’articuler les mots de la bonne manière pour en faire des phrases cohérentes. J’étais en train de perdre ma plus grande force : mon intellect. Des mois d’exposition quotidienne au monoxyde de carbone avait fait des ravages à mon cerveau je le voyais bien. Mes talents musicaux avaient aussi grandement diminués. Terminée cette inspiration incessante. À l’intérieur de ma tête : le vide. Moi qui avait toujours été un grand joueur d’ordinateur et qui avait maîtrisé l’art de taper au clavier, j’avais l’air d’un enfant entrain d’apprendre où sont situées les lettres pour la première fois. Tout ce qui demandait un travail intellectuel me faisait honte. Je ne pouvais même plus écrire deux mots sans faire de faute. J’avais peur de ne plus pouvoir rien faire dans ma vie. Qui voudrait d’un imbécile qui n’a pas de santé ?

 

Un soir à la fin du mois mars 2004, je suis allé fêter l’anniversaire du bassiste de mon groupe dans un petit bar. Nous avons souper et veillé un peu. J’ai décidé de faire une folie et de boire un peu. J’ai bu environ huit shooters et un café alcoolisé au cours de la soirée. Je me sentais vraiment saoul mais ce n’était rien comparativement à mon ami qui était couché sur le planché du bar tellement il était ivre.

 

À mon réveil le lendemain, je croyais avoir un début de laryngite j’avais très mal à la gorge et j’étais très fatigué. J’ai attendu quelques jours mais ma mère ma suggéré d’aller consulter au plus vite car c’était de pire en pire. J’ai dis au médecin mes symptômes et il m’a fait passer une prise de sang. C’est ainsi qu’on a découvert que j’avais une mononucléose.

 

Pour ma part, ça me semblait tout à fait normal. Depuis le temps que je me sentais mal, il était à peu près temps qu’il me trouve de quoi. Par contre, pour mes parents et surtout pour ma mère c’était le premier signe comme quoi j’avais réellement un problème de santé et que tout n’était pas juste dans ma tête. Eux se mirent à supposer que c’était la mononucléose qui m’avait ralenti depuis un an même si on ne l’avait pas découvert lors de mes tests sanguins au moment où j’avais lâché l’université. Pour ma part, j'étais convaincu que la mononucléose était le résultat de cette dernière année que je venais de passer et non la cause.

 

Nous étions donc à la fin du mois de Mars 2004, plus d'un an après mon abandon de l'université suite à des troubles de fatigue et des infections importantes, le printemps arrivait tout doucement et moi, j'ignorais si j'allais même survivre jusqu'à l'été tellement j'étais rendu faible et malade.

 

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